> Compagnie de théâtre L'Elan bleu en Normandie
La Baie de Naples est une pièce sur les mythologies contemporaines et sur l’usage de la parole dans notre société. La Baie de Naples met en scène pendant un dîner, un groupe de personnes représentatif de notre société ayant reçu des discours à l’emporte-pièce, lieux communs, formatés par les « spécialistes » du langage politique, médiatique et économique. Le monde n’étant plus « lisible » pour eux et faute d’en maîtriser les instruments d’analyse, ils sont en proie à une confusion totale des valeurs, des rituels, des identités. De ce fait, ils ne peuvent plus réellement communiquer. Cette pièce, sous cet angle, est une composition sur la perte de sens, l’éloignement du réel dans les sociétés occidentales post-modernes de la fin du siècle dernier.
Le langage est la lumière de l’espèce humaine.
Dragutin n’écrit pas sur les méfaits du langage. Il expose ce qui survient lorsque la langue rompt ses attaches avec la pensée critique, le silence, la perception sensorielle et sensuelle de l’autre. Parler pour ne rien dire est le plus vieux métier du monde.
La Logorrhée des pipelettes, la faconde des bourgeois, le verbiage des commères, la langue de bois des fonctionnaires internationaux, le bavardage entre amis, appartiennent depuis des siècles à l’ordinaire des jours. Babiller, baratiner, jaboter, jacasser, jaser, jaspiner, discourir, potiner, déblatérer sont les activités humaines des plus courantes. Sous l’effet multiplicateur des technologies de communication, le poncif se déplace désormais à la vitesse de la lumière.
Le génie du théâtre de Dragutin est de s’approprier le rythme et la cadence des mœurs caractéristiques de la civilisation urbaine et française. Les convives de La Baie de Naples vomissent des débris de poncifs entrecoupés d’éclats d’émotions. Pathologiquement bavards, Toujours en état de surexcitation psychique. Ils n’écoutent pas, ils ne voient pas, ils ne hument pas, haletants, possédés, frénétiquement conformistes, enivrés par le rien. Ce théâtre de l’excès rompt les digues de l’insignifiance ordinaire.
Intéressante expérience pour nos comédiens amateurs que ce match d’improvisation avec texte su, qu’être aussi, du début à la fin, emportés dans un rythme endiablé, et toujours sur le qui-vive ! L’absurdité des situations témoigne d’une folie du quotidien : on a tous prononcé au moins les trois quarts des phrases qui se disent sur le plateau, ces lieux communs, ces formules de politesse sur le froid et le chaud, la pluie et le beau temps. Il a donc été amusant de se trouver acteur, mais aussi spectateur de soi-même.
« C’est si bon de rire de soi ! Je suis sûre que l’on en sort meilleure ! ...Le théâtre, c’est bien fait pour ça, non ? » (Catherine Salviat, Sociétaire de la Comédie-Française, à propos de La Baie de Naples ).
Mise en Scène Olivier Poujol et Gilles Szafirko
Avec
Camille Argentin
Rose Fleury
Philippe Jean
Thierry Michon
Olivier Minerbe
Sabrina Oltmanns