> Compagnie de théâtre L'Elan bleu en Normandie
Cette pièce s’intéresse à un groupe particulier de chômeurs : les ex-cadres dirigeants, accros au business, qui n’avaient vécu jusqu’ici que pour et par le travail. Exclus du monde de l’entreprise qui leur conférait une identité, ces anciens Top Dogs perdent avec leur travail autant le prestige, le statut social et l’aisance financière, que le sens de leur existence et leur équilibre mental.
Ils se retrouvent alors dans un bureau d' "out placement" et non dans une agence pour l’emploi, car un manager n’est pas " licencié " mais " il quitte sa socièté ", il ne " cherche pas une nouvelle place ", mais il " s’occupe de sa carrière ". Hors du système de pensée de l’économie de marché, nul regard ne peut être porté sur le monde par ces managers entièrement façonnés par un système économique et social qui a totalement fait table rase du facteur humain.
Ce texte se fait l’écho d’une actualité brûlante. La transcription poètique et théâtrale de ce qui a été raconté par les intéressés ou des conseillers à partir de témoignages contient pourtant encore des vérités et des informations qui ne proviennent pas de l’imagination de l’auteur. La réalité est parfois, c’est d’ailleurs bien connu, plus inventive et cruelle que l’imagination. Nous avons cherché à rendre l’aspect délicieusement cruel et affreusement drôle de la pièce de Widmer en soulignant le pathétique et le comique dérisoire de ces drames individuels. Les " héros " de cette pièce s’écroulent petit à petit sous nos yeux. Mais au-delà de l’aspect satyrique et comique de telles situations, le texte pointe de manière puissante la cruauté d’un système qui n’est rien d’autre qu’un champ de bataille. Dans Top Dogs, il n’est jamais question d’incrimination partiale ou de propos idéologiques. Inversement, il ne s’agit pas non plus de susciter la pitié. Mais plutôt de faire prendre conscience. Peut-être Top Dogs peut-elle sensibiliser les spectateurs à des procédés qui provoquent un sentiment de honte chez la plupart des intéressés, bien qu’ils sachent parfaitement qu’ils ne sont pas coupables. Car comment des hommes devraient-ils être coupables de leur licenciement, seulement parce que les industries ou des prestataires de services croient pouvoir de façon toujours plus radicale s’en sortir sans faire appel aux ressources humaines ?
Mise en Scène Olivier Poujol et Gilles Szafirko
AVEC
Camille Argentin
Didier Charuel
Rose Fleury
Catherine Houchet
Katia Hubert
Olivier Minerbe
Boris Pignol
Camille Sermaize
Et Stéphane Babi Aubert