> Compagnie de théâtre L'Elan bleu en Normandie
En juillet 1998, dans le cadre d'une manifestation regroupant de jeunes créateurs (plasticiens, acteurs, danseurs.), la Compagnie L'Elan Bleu présente, à la demande de l'ensemble instrumental Espace & Mouvements, une petite forme théâtrale. Réalisée en une dizaine de jours, elle porte sur Gof, texte d'Anton Pashku, auteur kosovar décédé en 1995. Les deux compagnies décident ensuite de reprendre ce projet dans un site industriel de l'agglomération de Cherbourg et de le retravailler. Fièvre est présentée à l'In Situ, lieu éphémère.
Fièvre est avant tout une allégorie sur l'attente passive de l'homme et de sa peur de l'engagement. La pièce s'inscrit à un tournant majeur dans notre démarche artistique et la recherche sur notre univers d'images, de tableaux et de sensations. Dans Fièvre, l'espace lui-même nous fait entrer dans une autre dimension. Et ce sont l'espace, les sons, le silence, qui convoquent les corps, puis la parole. La propulsion de ces corps dans l'espace selon une fiction qui les y invite n'est pourtant pas de la « danse » mais l'absorption de codes chorégraphiques qui apparaissent comme le prolongement décalé de l'univers sonore et musical. À l'intersection de tout cela, il y a l'Homme. Deux hommes. Et un lit. L'homme face aux autres, face à lui-même, toujours obligé de regarder au plus profond de lui pour s'ouvrir davantage au monde
Dans ce huis clos tragi-comique, les deux personnages sont livrés au regard de trois autres protagonistes représentant le pouvoir religieux, militaire et médiatique. Ils sont aussi les régisseurs de l'univers sonore et musical. Un ensemble disjonctif, ouvert, où le trouble surgit précisément des zones de contact, de défi, d'articulation des domaines artistiques.
Dans ce dispositif, le spectateur est autant voyeur qu'acteur, embarqué lui aussi sur ces lits, symbole d'une humanité malade et en perdition, à la manière du radeau de Géricault. Sous couvert d'une fable interprétée par ces personnages à la fois absurdes, inquiétants et délirants, Fièvre pose la question de l'engagement et passe au crible quelques questions sur les inquiétudes morales et puritaines de notre société. La fiction de Fièvre prend à contre-pied tous les textes qui édictent en loi le désespoir, l'absurdité ou la fatalité. Fièvre parle de l'humain pour parler autrement du politique.