> Compagnie de théâtre L'Elan bleu en Normandie
![© C.L'E.B.[A.R.T.S] Compagnie L'Elan Bleu](images/723_1_599.jpg?40572,27)
Il n'était pas question en montant cette pièce d'apporter une réponse au conflit en Irlande du Nord. La force du texte de Parker très précis quant au déroulement historique de l'intrigue autour du fantôme (référent dramaturgique inévitable dans le théâtre et la littérature anglo-saxonne) nous livre sur une toile de fond politico-religieuse, la vie quotidienne d'hommes et de femmes irlandais. La maison devient une reproduction en miniature du conflit catholique/protestant qui se joue à l'extérieur. Mais c'est surtout l'énergie avec laquelle les personnages tentent de s'en sortir et de survivre dans ce contexte de guerre civile et de terrorisme, qui a réveillé en nous un attrait particulier pour cette pièce, en nous permettant de la traiter avec toute la magie issue des mythes et légendes celtiques. Usant d'un humour tranchant et décapant, Parker rend son propos universel et d'actualité.
![© C.L'E.B.[A.R.T.S] Compagnie L'Elan Bleu](images/723_1_600.jpg?40572,33)
De zones en clairs-obscurs, au début de la pièce, surgissent des points lumineux, froids ou chauds, selon l'intériorité des personnages ou les situations extérieures. Apparaissent aussi quelques « tâches » rouges pour symboliser les victimes des conflits ou bien le souvenir et la montée du désir de ces personnages qui cherchent à pouvoir encore s'aimer dans un « endroit pareil ». Dans cette demeure isolée, mémoire vivante et sonore du fantôme de Lily, Marianne mène son enquête dans le passé et sur sa propre vie, au milieu d'un bric à brac d'objets animés. La maison se transforme, comme les personnages, en espace de négociation psychique et physique. Une table, symbole des négociations et du foyer (au sens propre comme au sens figuré), entourée de chaises vides qui semblent attendre la venue de quelqu'un. L'assemblée n'est pas et ne sera jamais au complet. Une chaise reste toujours inoccupée et nous fait ressentir le manque : l'enfant disparu, la parole occultée, l'amour, l'espoir, le « Roi de la paix » lui-même. Stewart Parker fait souffler un esprit de réconciliation et d'espoir avec une chaleur typiquement irlandaise.
![© C.L'E.B.[A.R.T.S] Compagnie L'Elan Bleu](images/723_1_601.jpg?40572,39)
Le théâtre de Parker est un théâtre joyeux mais sérieux, engagé, protestant dans le sens originel du terme ; il invite chacun d'entre nous à se libérer du poids du passé en acceptant la responsabilité individuelle qui est le complément indissociable de toute vraie liberté, à reconnaître en nous-mêmes le désir de vie et l'instinct de jeu au lieu de céder au désir de mort et au culte pervers du martyre et du sacrifice, si profondément ancrés dans l'inconscient collectif irlandais.
Pentecôte n'est pas une pièce sur la guerre, mais sur le retentissement de la guerre.