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Que le monde aille à sa perte

d'après l'oeuvre de Marguerite Duras,
montage de textes de Richard Kalisz.

2005

 

 

© C.L'E.B.[A.R.T.S] Compagnie L'Elan Bleu

   L'ensemble de l'ouvre de Marguerite Duras est ici mis à contribution pour raconter l'histoire d'une cinéaste rencontrant un projectionniste dans une salle de cinéma sur le point de fermer, pour être transformée en supermarché. Il occupe sa salle pour protester contre cette prochaine démolition ; elle s'y installe pour répéter un film avec un comédien, film qu'elle ne tournera jamais.

   Le texte de Richard Kalisz est un objet étrange, hybride. Un objet en train de se faire. D'une part parce qu'il provient de diverses sources dans l'ouvre de Marguerite Duras - mais principalement du Camion - et d'autre part, parce qu'il questionne la culture dans un monde de plus en plus privé de culture, de sa forme et de sa diffusion sous quelques formes que ce soit. Dans Le Camion , Duras nous montre que tout film est d'abord un écrit. Dans  Les yeux verts , il y a cette phrase : « Avant d'atteindre un film, le cinéaste en passe par un livre dont l'écriture n'aura pas lieu mais qui a la valeur d'écrit quant à sa place dans la chaîne créatrice ». Duras imagine donc ceci : le camion (le cinéma) transporte tout l'écrit du monde. Mais le camionneur n'en sait rien. Il roule sans savoir. Il regarde la route devant lui sans regarder tout l'écrit qu'il transporte. Le cinéma n'existe que de lire, que d'illustrer le récit. Mais il ne le sait pas. Il ne veut pas savoir d'où lui vient sa parole. Ainsi, il n'est pas seulement à la place du lecteur. Il est une lecture réductrice de l'imaginaire. Il réduit la puissance de l'écrit, en limite le foisonnement. Pour Duras, le cinéma est un « acte de destruction du créateur du livre », justement, de l'écrivain. L'écrit expose ce que nous savons sans le comprendre, il entre dans l'inconscient. Il fait parler le silence. Et le cinéma ramène la parole vers ce silence. Autrement dit le cinéma même parlant est muet. Il est la réduction de la parole. Contre cette réduction, Duras pose l'image noire. Le film noir que  Le Camion  invente ne montre pas l'image. Il indique un lieu où la voix qui lit, qui dit l'écrit, nous invite à imaginer. Où tout est possible. Où les corps sont inventés par les voix qui disent leurs désirs. Ces voix se racontent. Des êtres qui entremêlent leurs souvenirs sans entendre qu'ils disent la même chose. Tout le temps la même chose. C'est ce qui nous paraît intéressant en se plongeant dans la lecture de cette adaptation du  Camion  par Richard Kalisz, en passant par cette métaphore du cinéma.

 

> Nous avons voulu présenter ce spectacle dans un cinéma de Cherbourg qui n'a plus aujourd'hui le prestige et le magie d'autrefois. Les acteurs perdus dans ce lieu devenu, par la force des choses, abandonné, déambulent entre les rangées de fauteuils où sont assis les spectateurs. Le rapport avec le public devient alors bancale, pour mieux mettre en évidence la fragilité de l'art et de la culture.

 

 

Equipe artistique

 

Mise en voix                                        Gilles Szafirko

 

Avec

 

            Sylvie Robe

            Marco Bataille-Testu

            Gilles Szafirko

 

            Coproduction et soutien technique Le Trident, Scène Nationale de Cherbourg-Octeville.

 

 

 

 

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