> Compagnie de théâtre L'Elan bleu en Normandie
" Le théâtre anglo-saxon inspire assurément Gilles Szafirko et Olivier Poujol. Les deux fondateurs de l'Élan Bleu, compagnie installée à Cherbourg depuis 1996, nous avaient proposé il y a deux ans une mise en scène très intéressante de « Pentecôte », de l'Irlandais Stewart Parker.(.) Pour leur seconde création, ils ont choisi cette fois-ci de s'attaquer à un véritable monument : l'ouvre du foisonnant William Shakespeare, à travers « Beaucoup de bruit pour rien », adapté il y a quelques années à l'écran par Kennett Branagh. (.) Le terrain était difficile, d'autant qu'il fallait défricher un terrain quasiment vierge. « Much ado about nothing », en anglais dans le texte, a été en effet très peu monté dans notre pays. Grâce à une mise en scène inventive, l'Élan Bleu a su exploiter au mieux toutes les ficelles de cette tragi-comédie sur les faux-semblants, le jeu subtil et ambigu des apparences, chers à l'homme de Stratford-on-Avon. Écrite durant sa jeunesse, elle est aussi une satire cruelle et drôle de la société italienne de la Renaissance.qui pourrait fort bien se transposer au XXe siècle ! La scénographie est résolument moderne : un décor sobre, fait de cubes qui sont tour à tour piédestal, chaise, table, de rideaux que l'on agite et derrière lesquels on se cache, ajoutant à l'ambiance intrigante des éclairages audacieux. Mais Gilles Szafirko et Olivier Poujol n'oublient pas de respecter le contexte historique avec, entre autres, de superbes costumes fabriqués, il faut le signaler, par les élèves de la section couture du lycée Alexis-de Tocqueville. Quant aux comédiens, ils sont épatants. Avec une belle énergie, ils prennent la pièce à bras le corps durant trois heures, jouant parfois plusieurs rôles, comme il était d'usage de le faire au temps de Shakespeare. Cette adaptation habile et bien rythmée de « Beaucoup de bruit pour rien » mérite vraiment qu'on s'y arrête et ne peut être qu'un encouragement pour la compagnie locale l'Élan Bleu à continuer sa belle aventure."
« Ce n'est pas chose facile que de faire passer à notre époque un texte qui se complaît dans le marivaudage, surtout au début de la pièce. Mais la mise en scène était si originale, si inventive, que le public a tout de suite pu adhérer et entrer dans le cour de l'intrigue. Le plus remarquable a été sans doute dans ce domaine l'utilisation suggestive des voiles dans lesquelles les personnages se drapaient ou se dissimulaient, et permettaient de brusques changements de décor. Tout l'espace scénique se trouvait ainsi exploité, aussi bien dans sa verticalité que dans son horizontalité.(.) Tout le monde s'est accordé à reconnaître la valeur expressive de la musique et de la chorégraphie, en particulier dans le bal de cour qui accompagnait le texte comme une sorte de « continuo », créateur d'atmosphère. On s'est laissé conduire ainsi jusqu'à la deuxième partie de l'ouvre, beaucoup plus dépouillée, beaucoup plus prenante. Du grand théâtre, même dans ses outrances mélodramatiques. Autant de prouesses scénographiques qui n'ont pu être réalisées que grâce aux qualités exceptionnelles de tous les comédiens, aussi expressifs dans le mime que dans la diction. Au total, une façon convaincante de montrer qu'avec de l'imagination et du talent, on peut rendre encore à des chefs-d'ouvre un peu usés par le temps toute leur fraîcheur, dans un climat où l'émotion se pare de fantaisie et d'humour. »