> Compagnie de théâtre L'Elan bleu en Normandie
« Voilà un mélange très fin de théâtre, chorégraphie, art vidéo et environnement sonore. Hérodias est une histoire des origines de notre civilisation, qui se termine par la célèbre danse de Salomé et la tête de Iaokanann (Jean-Baptiste) sur le plateau d’argent. Les personnages sont d’aujourd’hui, les hommes portent des costumes de ville rigides, presque comme des uniformes militaires, signe ostentatoire de la militarisation de la société civile, surtout en politique. Les vrais militaires, les occupants romains, sont ici beaucoup plus libres malgré le vrai uniforme militaire. C’est la décadence de la Rome antique, transposée aux USA d’aujourd’hui.
La compagnie est très fidèle au texte, ils ont simplement adapté le récit en dialogues, ce qui rend l’histoire beaucoup plus palpable.
Au fond, huit écrans vidéos introduisent le monde extérieur, à savoir le Moyen-Orient actuel et des personnages supplémentaires. Le récit culmine dans un festin à la décadence romaine, dont les invités sur vidéos, avec leurs bonnes manières de table, représentent les différentes communautés religieuses ou intellectuelles et les fonctions de l’état.
L’adaptation du texte, la vidéo, les costumes etc.…les laissent apparaître comme des personnages d’aujourd’hui. La démonstration est palpitante. Oui, c’était un monde barbare mais pas seulement. Le vernis de la civilisation, les bonnes manières, l’hypocrisie sont dévoilés par le contraste entre les époques. Aussi, dans ce fossé temporel se révèle la barbarie du monde actuel.
On est dans l’univers de la tragédie et du mythe à la Racine, mais les personnages parlent en prose. C’est leur gestuelle aux limites de la danse contemporaine, les costumes rigides et la vidéo qui structurent canalisent et renforcent les énergies. Les battements de cœur en fond sonore, les gestes sobres et puissants se substituent aux vers. Le pied de l’alexandrin est remplacé par les pas des comédiens, par leur bruit de bottes. Entre vérité psychologique et style corporel, le jeu des comédiens s’ajuste parfaitement, en pleine puissance dramatique.
Le théâtre s’interroge aujourd’hui pour savoir comment on pourrait, dans le monde actuel, écrire des tragédies. Ici, du moins, on voit comment on peut les narrer, les jouer avec des moyens d’expression de notre époque. »