> Compagnie de théâtre L'Elan bleu en Normandie
![© C.L’E.B.[A.R.T.S] Compagnie L’Elan Bleu](images/766_1_917.jpg?37243,6)
Brillante performance que celle du comédien.
Seul en scène, face à ses doubles, pendant près d'une heure et demie, se promenant dans un décor bleuté, dépouillé, habillé simplement de hautes glaces, il déambule tout en parlant. L'homme est énervé. D'emblée, le spectacle est difficile. Accompagné d'une solide équipe de techniciens, Olivier Poujol et son équipe construisent leur mode d'expression: image, son, geste aux accents chorégraphiés et le texte sont les espaces de création qui nous confrontent sans arrêt au réel mais aussi au virtuel, construction / déconstruction. La personnalité de l'auteur est très difficile. Sa mélancolie psychotique est renvoyée à chaque instant dans le sentiment douloureux de ne pas se sentir exister, de ne pas trouver sens à la vie, à sa vie. Comment arriver à aimer l'autre quand soi-même on se sent morcelé, écartelé. Le Moi est semblable à un puzzle auquel il manque toujours une pièce ou qui en a une en trop. Vaine tentative d'élaboration pour Pessoa de cette difficulté psychique majeure: par l'écriture être un et multiples à la fois. Les hétéronymes, symboles des différents visages de sa personnalité, ne sont en fait qu'une seule et même entité. Qu'il signe ses textes Alvaro de Campos, Alberto Caiero ou encore d'une soixantaine d'autres patronymes, Pessoa renvoie de façon tragique ce qu'il est: "Je ne suis personne. Quel est cet intervalle qui se glisse entre moi et moi ?" Tragique psychiatrique rendu de façon époustouflante: poète portugais, prisonnier de sa solitude malgré et avec ses hétéronymes. Autant de visions contradictoires de la capacité à être et à aimer. La scénographie sobre associée à un traitement sonore et des projections vidéo reproduit la démultiplication intérieure des personnages et la transformation de sa personnalité. Spectacle remarquable !
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![© C.L’E.B.[A.R.T.S] Compagnie L’Elan Bleu](images/766_1_838.jpg?37243,63)
Olivier Poujol à fleur de peau de Pessoa
Au regard de sa performance lors des représentations données au Vox, Olivier Poujol pourrait sans conteste être l’un des « hétéronymes » de l’auteur portugais Fernando Pessoa. Sa mise en scène et son interprétation dans INTERVALLE # PERSONA sont des plus fascinantes.
Un homme qui est tous les hommes. Des hommes qui ne sont qu’un et multiples à la fois. Le propos d’Olivier Poujol, de la Compagnie L’Elan Bleu, relevait à s’y méprendre de l’improbable. Pénétrer les arcanes obsessionnels de Pessoa, c’est en effet sculpter chaque facette de cet auteur trop lucide pour espérer le plus petit intervalle de sérénité. Oui, la gageure était périlleuse. Il fallait un homme complètement habité par les pulsations de Pessoa, pour entraîner le public dans un labyrinthe où, au bout du compte, il fut jubilatoire de se perdre. Sur le devant de la scène, un siège et quatre pans qui ne sont pas sans faire penser à des miroirs. Tout est sobre et repose sur le seul interprète. Sur le siège qui fera office de livre et de béquille tout à l’heure, Olivier Poujol convoque le silence pour mieux accueillir Pessoa et son « troupeau de pensées ». Sans un mot. Avec des gestes savamment étudiés. Dans des esquisses de mouvements dessinés, telle une chorégraphie, le visage devient polymorphe et les attitudes accueillent le cortège de tous ces hétéronymes : Alberto Caeiro, Bernardo Soares, Ricardo Reis ou bien encore le Baron de Teive.
Entre réel et virtuel
Les lignes sont tracées. Trop linéaires pour nous laisser tranquilles. Trop superficielles pour nous épargner le plongeon dans les limbes de l’auteur Pessoa. Alors, avec une maîtrise qui force le respect et les encouragements, Olivier Poujol va tout déstructurer. Osons le dire, l’acteur se fond avec une telle intensité dans les soi-disant différents personnages, que l’on finit par douter nous-mêmes de notre propre équilibre mental.
Or, les hétéronymes ne sont qu’un prétexte pour tailler dans le vif du non-amour. De la difficulté à être soi. De pourfendre cette satanée perfidie à vouloir atteindre l’intégrité absolue lorsqu’on n’est qu’un homme !
Olivier Poujol nous a fait montre de toute son audace pour mener à bien ce projet artistique qui le nourrit depuis des années. Le timbre de la voix change. Les sautes d’humeur sont des croche-pieds à cette respiration qui nous entraîne en apnée. Et comme si ce n’était pas suffisant pour nous guider, de plein gré, jusqu’au vertige, Olivier Poujol metteur en scène, sème davantage le trouble en invitant la vidéo. Le réel et le virtuel s’enchevêtrent et l’on se plaît à penser que tout cela aurait été salvateur pour Pessoa. Ophélia passe et repasse sur l’écran. Fantasme de l’amour qui se joue du désir jusqu'à l’aliéner. Antinoüs prend corps dans une statue dont on se demande si elle respire ou non. Oui, les contours de l’imaginaire et du mental sont à ce point tellement sublimés que la raison vacille. Titube. S’abandonne entre les mains d’Olivier Poujol qui signe là son nom dans l’empreinte de …Persona !
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![© C.L¡¦E.B.[A.R.T.S] Compagnie L¡¦Elan Bleu](images/766_1_834.jpg?37243,68)
La performance de l'acteur sur la scène est impressionnate.
Le comédien de la Compagnie L'Elan Bleu incarne avec talent les diverses identités du poète portugais Fernando Pessoa, seul en scène pendant près d'une heure et demie. Tel un héros de bande dessinée tiraillé entre son penchant angélique et son côté diabolique, Pessoa était partagé, voire torturé par les différents visages de sa personnalité. Qu'il signe ses textes Alvaro de Campos, Alberto Caiero ou encore d'une soixantaine d'autres « hétéronymes », Pessoa n'est en fait qu'une seule et même entité, même s'il avoue : « Je ne suis personne. Quel est cet intervalle qui se glisse entre moi et moi ? »
Olivier Poujol nous fait entrer dans la folie de l'écrivain, dans les méandres de son cerveau, dans ses images mentales projetées en vidéo sur quatre miroirs au fond de la scène, comme lorsqu'il se souvient de son unique et impossible amour : « Une fois j'ai aimé. J'ai cru qu'on m'aimerait. J'ai tout donné. Les lettres d'amour sont ridicules. Ne reste qu'un tango avec Ophélia ». La pièce alterne poésie, tragédie, souffrance et, ici et là, sourire, par exemple lorsque le diable se vante : « Mes meilleures créations : le clair de lune et l'ironie ».
Un décor épuré, une lumière incarnée, une musique entêtante : voilà les seuls accessoires de l'acteur qui parvient néanmoins à produire un foisonnement de sentiments, un kaléidoscope d'émotions époustouflantes.
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![© C.L¡¦E.B.[A.R.T.S] Compagnie L¡¦Elan Bleu](images/766_1_812.jpg?37243,71)
Dans un même élan
Il est seul sur scène. Les mains dans les poches, il déambule. Énervé, il s'adresse à une femme dont on ne devine que l'image. INTERVALLE # PERSONA, la dernière création de la Compagnie L'Elan Bleu sera présentée au public à la fin du mois.
En résidence actuellement au théâtre de la Butte, la Compagnie L'Elan Bleu prépare, autour des textes du poète Fernando Pessoa, son nouveau spectacle. Seul sur scène, mais accompagné d'une solide équipe de techniciens, Olivier Poujol conjugue ainsi à sa manière les pensées et les écrits de cet auteur hors du commun. « Il atteint par l'invention poétique, un état de conscience capable d'embrasser des vérités contradictoires » reconnaît le comédien qui semble vivre depuis quelques mois en apnée dans une œuvre riche et dense.
Alors que la date de la première se rapproche, toute l'équipe a accepté, samedi en fin d'après-midi, d'ouvrir les portes du théâtre au public cherbourgeois. « De cette manière, on peut mieux appréhender ce qu'est le travail de création. La répétition ne dure volontairement qu'une heure. Le comédien ne travaille qu'une ou deux scènes, qui sont sorties de leur contexte. Quand le public les découvrira dans son entité originelle, il sera bien entendu surpris, celles-ci ayant gagné en intensité. »
Les personnes présentes ont pu ainsi découvrir sur scène un Olivier Poujol impressionnant. Se promenant dans un décor bleuté dépouillé, habillé simplement de hautes glaces, il déambule tout en parlant. Ses propos, ou plutôt ses reproches, il les adresses à une femme dont on découvre l'image sur un écran au milieu de la scène. Elle ne semble guère attentive. Pour la convaincre, le comédien doit redoubler de vigueur et surtout trouver de nouveaux arguments. On le sent tendu, énervé, en colère contre ce visage qui incarne à lui seul tant d'indifférence. On n'en saura pas plus. La scène ne dure guère plus de quelques minutes. Mais ce laps de temps est largement suffisant pour comprendre que la compagnie L'Elan Bleu avec son INTERVALLE # PERSONA est en phase de réaliser un petit chef-d'œuvre d'émotion, que beaucoup attendent déjà impatiemment.
Après avoir été présentée à Cherbourg, la dernière création de la compagnie devrait ensuite voyager de scènes en thèâtres. Des contacts sont pris. On sait qu'un certain nombre de professionnels seront présents lors des prochaines représentations Sans oublier un autre rendez-vous important, en Avignon cette fois-ci, Olivier Poujol et ses complices devant figurer au programme du festival off.