> Compagnie de théâtre L'Elan bleu en Normandie
En ce mois où tombe au pied des arbres l’or des feuilles mortes, on sait comme Cherbourg est riche de plumes sensibles et originales. C’est sans doute pour illustrer à la fois la saison et le festival des Mercurielles que les quatre acteurs, lecteurs de la compagnie L’Elan bleu, ont imaginé une mise en scène très originale pour la soirée de clôture. Un automne d’encre et de création a couvert la scène du Vox de feuilles blanches, de pages noircies, de dessins, de messages en tout genre. Les acteurs, à pas de loup, ont pénétré ce décor et laissé leur voix faire vivre les mots des autres. Il fallait pouvoir entendre, tantôt le chagrin, tantôt l’amertume, tantôt la joie d’être et d’écrire, il fallait pouvoir dire les textes de plusieurs générations, et se glisser dans la peau de multiples personnages. Le jeu de Juliette Croizat, Christophe Gauzeran, Olivier Poujol et Christophe Tostain a ceci de particulier qu’il vous tire des larmes de chagrin en chantant la voix des enfants orphelins, des larmes de rire en explorant le monde futile et complexe de l’adolescence, des silences et des réflexions quand passent dans l’ombre les prénoms de tant de femmes soumises… Silence. D’automne ou d’hiver, le tonnerre a accueilli la prestation de la compagnie L’Elan bleu, tonnerre d’applaudissements bien évidemment !
Ne reste qu’à encourager Brigitte Poulain, organisatrice de ce festival, pour que l’an prochain, les ateliers s’emplissent à nouveau d’auteurs au talent insoupçonné.
La soirée n’aurait su clore les Mercurielles sans un temps de musique. C’est le trio jazz oriental Zyriab qui a su faire monter le soleil en accompagnant les mots Magamat de Mohamed El Amraoui. Daniel Mirabeau au saxophone, Alain Pollonni à la contrebasse, Sébastien Mourant à la batterie et Mohamed El Amraoui en récitant, l’ensemble se serait sans doute suffi à lui-même. L’esprit de mise en réseau des ateliers d’écriture, se mêlant à celui de la musique, a fait merveille. Dans le public, des femmes auteurs au sein des ateliers et originaires du Maghreb, ont prêté aux mots de l’auteur les vibrations chantées de l’Orient. Les Mercurielles touchaient à leur fin et déjà on en appelait au prochain festival.
La Presse de la Manche, jeudi décembre 2008, C.Tissot